Ombrane

Peu de temps après la couverture de Space boy de Stephen McCranie, c’est la couverture de Ombrane qui m’a tapé dans l’œil. Toujours chez les éditions Akileos, cette couverture composée d’un camaïeu de volutes du bleu le plus sombre sombre au rose fuschia sur lequel se détachent deux grands yeux ronds et blancs et une chevelure tout aussi blanche m’a fait baver d’envie.

Visite au dealer de livres du quartier, achat, lecture.

Ombrane est une donc une bande dessinée one shot scénarisée par Bastien Lextrait et illustrée par Julien Hanoteaux.

L’histoire d’Ombrane nous est racontée par un homme borgne dont on ne saura jamais qui il est. Réunis autour d’un feu, quelques êtres humains qui vivent dans le 7ème sous sol. Et pendant que l’homme nous narre le récit d’Ombrane, un jeune homme effectue un pèlerinage et remonte, niveau par niveau, vers la surface. Née du crépuscule quand le monde était jeune, Ombrane est une Noctale, une créature de légende, une voyageuse aux apparitions rares. La noctale toujours marche vers l’aurore. Partout sur son chemin, elle est accueillie avec chaleur et espoir mais déjà des menaces planent sur ce monde si jeune. Ombrane assiste impuissante et muette au déclin des hommes et à l’agonie du monde.

Ombrane, la puissance de la couleur

Le récit se déroule dans une explosion de couleurs fortes et vives, écrin chatoyant au récit raconté en voix off. Le trait peut faire penser à celui de certains jeux vidéo. Pour ma part, je le rapproche à celui du jeu Seasons After Fall. cela n’est pas surprenant quand on découvre le parcours de Julien Hanoteaux, jeune dessinateur belge.

Les dialogues sont peu nombreux. Certaines planches sont presque dépourvues de phylactères et sont magnifiquement habillées par les dessins de Julien Hanoteaux. L’univers emprunte à la fantasy mais aussi à l’anticipation et au récit post apocalyptique.

Récit énigmatique et quête de sens

Comme promis vais-je vous narrer aujourd’hui le récit d’Ombrane, la noctale

L’histoire est racontée par un personnage qui n’intervient pas dans le récit. Dans un passé qui n’est pas nommé, un petit groupe d’êtres humains survivent, profondément enfouis sous Terre. Et le conteur pose un vieux livre avant de narrer la légende d’Ombrane.

Le récit emprunte à la fois au conte et à la fable. Les personnages n’ont que peu de prise sur l’action. Ombrane passe de case en case, toujours muette, mais le regard très expressif. C’est l’histoire de quelqu’un qui marche et d’une humanité détruite.

Le récit, par sa seconde intrigue (le pèlerinage du jeune homme), s’oriente vers l’anticipation. On l’apprend dès les premières pages, le monde, autrefois un hameau prospère est devenu un tombeau glacé. Et l’homme se pose cette question : qu’avons-nous laissé aux créatures qui vivaient dans ce monde avec nous ?

Et finalement quand il ne reste plus rien ou presque, est ce qu’il ne nous reste pas encore les histoires et la possibilité de croire au merveilleux?

A la fin de ma lecture, je me suis questionnée sur le message que les auteurs voulaient nous faire passer. Quelle était l’utilité de certaines péripéties? Peut être n’en avaient-elles pas ? Et d’ailleurs, tout ce qui nous arrive dans la vie a-t-il un sens ? Pourquoi dans un récit chaque péripétie ou chaque action devrait-elle livrer une information sur le sens global du récit ?

En filigrane, on peut y voir un message écologique et sociétal mais aussi le pouvoir d’une histoire racontée autour du feu.

J’aurai aimé mieux connaitre les humains survivants. Qui étaient-ils ? Pourquoi ce pèlerinage ? A quoi rêvent-ils ? Les auteurs m’auront laissée sur ma faim pour ce versant de l’album. On aimerait tellement en savoir plus sur cet univers, son passé chaotique, ses héritiers, ces cinq grands royaumes dont il ne reste que des vestiges. J’ai eu l’impression d’apercevoir un univers par le trou de la serrure.

Conclusion

Il s’agit ici d’une première œuvre pour les deux auteurs. C’est un bel album à l’esthétique impeccable et poétique. Le scénario m’a moins convaincue. Je ne suis toujours pas sûre d’avoir compris ce que l’on voulait me raconter. J’ai été spectatrice, comme les personnages. En revanche, l’émotion résiduelle à la fermeture de l’album est forte.

Avec ce premier album, les auteurs ont créé un background riche que l’on aimerait voir explorer dans des préquelles ou des suites.

Les plus:

  • un très beau visuel,
  • un premier album
  • les auteurs parviennent à créer un sentiment de curiosité et d’attente forte pour leur univers
  • on en veut plus
  • les pages bonus et les croquis préparatoires

Les moins:

  • un sentiment de déséquilibre entre les deux temporalités
  • un récit descriptif et des personnages spectateurs qui ne sont pas moteur de l’action
  • on en veut plus

Ombrane – Bastien Lextrait, Julien Hanoteaux – éditions Akileos – 64 pages – 17 euros

Bonnes lectures, et que l’imagination soit avec vous!

Chronique réalisée avec l’aide amoureuse du brancardier fou qui, on l’espère, publiera un jour ses propres chroniques sur le blog 😉

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s