A rude épreuve, deuxième volume de la saga des Cazalet

d’Elizabeth Jane Howard

Les éditions de la table ronde poursuivent la publication de la saga des Cazalet d’Elizabeth Jane Howard. A rude épreuve, la suite d’étés anglais, est paru en octobre 2020. Et comme j’avais beaucoup apprécié le premier volume, je n’ai pas attendu longtemps pour en découvrir la suite.

Le quatrième de couv’

Septembre 1939. La famille Cazalet, réunie à Home Place, apprend l’entrée en guerre de l’Angleterre à la suite de l’invasion de la Pologne. On ferme les demeures londoniennes les unes après les autres pour se mettre à l’abri dans le Sussex, où les préoccupations de chacun – parent, enfant ou domestique –sont régulièrement interrompues par les raids allemands.
Polly, dont les parents s’enfoncent dans un insupportable mutisme, se tourne vers les discours pacifistes de Christopher et l’oreille attentive de Miss Milliment. Clary, sa meilleure amie, renseigne chaque parcelle de sa vie dans des carnets et élabore mille scénarios pour expliquer le silence de son père Rupert, porté disparu sur les côtes françaises. Serait-il devenu espion aux côtés du général de Gaulle? Zoë, sa femme, vient de donner naissance à Juliet, qui ne connaîtra peut-être jamais son père. Fascinées, les deux adolescentes observent aussi leur cousine Louise: à dix-huit ans, alors qu’elle fait ses débuts dans un sinistre théâtre de province, elle fume et porte des pantalons, au grand dam de sa famille.

Deuxième tome de la saga des Cazalet, À rude épreuve reprend le fil de l’existence de personnages dont Elizabeth Jane Howard continue d’explorer les secrets les plus enfouis, alors que l’Angleterre subit de plein fouet le conflit mondial tant redouté.

L’auscultation

Vivre en temps de guerre

« Quelqu’un avait éteint la TSF et, bien que la pièce fut pleine de monde, il régnait un silence tel que Polly sentit, et entendit presque, son cœur tambouriner. »

Nous avions quitté les membres de la famille Cazalet en 1938, après le discours de Chamberlain annonçant « la paix dans l’honneur ». La guerre était évitée, au grand soulagement de chacun.

Nous les retrouvons après un an de sursis en septembre 1939. Hitler a envahi la Pologne. La guerre est inévitable. L’Angleterre s’engage dans le conflit.

Ce conflit, Elizabeth Jane Howard en est contemporaine. Elle était adolescente au moment du conflit comme Polly et Clary. Il ne sera pas ici question de bataille, la guerre est vue et racontée par les gens de l’arrière. Par ceux et celles qui n’ont pas pris une part directe dans le conflit mais qui ont vécu le black out, le blitz, la peur de perdre un proche au front, l’impossibilité de vivre une adolescence normale, qui ont vécu les restrictions, le rationnement.

A rude épreuve raconte la guerre des femmes et surtout des jeunes femmes. Les narratrices principales sont ici Louise, Polly et Clary. Louise, la fille ainée d’Edward et Villy, tente de se construire en opposition à sa famille. Elle suit des cours de théâtre et vit une vie de bohême malgré la guerre. Elle vivra également ses premières expériences amoureuses auxquelles elle est bien mal préparée.

Polly, quant à elle, pourrait passer pour une privilégiée. Son père, blessé pendant la première Guerre Mondiale n’est pas mobilisé et dirige l’entreprise familiale à Londres. Polly et sa mère sont réfugiées à Home Place où la vie semble longue et ennuyeuse. Jusqu’au jour où Sybil tombe gravement malade, plongeant le couple parental dans l’angoisse et les non-dits.

Enfin, Clary. Ce personnage prend toute la lumière dans ce volume. Dévouée à l’écriture, elle nous racontera son quotidien en temps de guerre par le biais de son journal intime. Pleine de maturité, c’est le personnage qui a plus évolué entre les deux volumes. Son quotidien est le même que celui de Polly. Son drame sera différent. Son père, Rupert Cazalet, est porté disparu.

Le quotidien de la famille est encore une fois parfaitement décrit dans un style maitrisé par Elizabet Jane Howard. Le poids de la guerre se fait progressivement plus lourd au cours des trois années de guerre couvertes par le récit. La guerre est racontée en creux par ceux qui la subissent. Elle fait irruption dans la vie de ces femmes par les bombardements, les coups de téléphone, la radio, ou les courriers des proches qui sont sur le front. Et ainsi, avec un charme tout britannique, l’auteure nous plonge dans le quotidien d’une famille en temps de guerre.

Les dames d’abord

Ce qui est intéressant avec Elizabeth Jane Howard, c’est le parti pris de donner en priorité la parole aux femmes. Les hommes ont quelques passages pour eux mais dans l’ensemble, la narration est assurée par les femmes et dans ce volume ci par les plus jeunes d’entre elles.

Les thématiques abordées sont ici :

  • la maternité via le personnage de Zoé qui m’a particulièrement touchée dans ce volume
  • les débuts dans la vie amoureuse : Louise et Angela y sont particulièrement exposées
  • le travail des femmes : les femmes adultes de la famille n’exercent pas de profession à proprement parler. On sent que le changement de société s’amorce pendant cette période. Il y a fort à parier que Louise, Polly et Clary, devront se trouver un emploi dans les prochains volumes.
  • le couple : Elizabeth Jane Howard adore disséquer les dynamiques de couple. Celui de Sybil et Hugh, confronté à la maladie. Celui d’Edward et Villy, confronté à l’adultère, aux mensonges et à l’hypocrisie.
  • la vie continue: c’est la guerre certes, mais les enfants restent des enfants, avec leurs petits et grand soucis, leurs bêtises. Ils grandissent, et ce n’est pas sans poser problème quand il faut refaire toute leur garde robe.

Mon avis en quelques lignes

J’aime beaucoup cette saga familiale. Les personnages sont très bien caractérisés. Ils sont touchants, agaçants, fragiles, humains. Elizabeth Jane Howard m’a fait pleurer à quelques reprises, Villy m’a fait rire, Edward me révolte, et j’ai peur que Louise connaisse le même destin que sa mère. J’ai plaisir à voir Polly et Clary grandir, et j’espère qu’elles tireront leur épingle du jeu.

Le quotidien en temps de guerre est rendu sans pathos, sans démonstration. C’est comme ça et juste en montrant les choses, elle nous immerge dans le quotidien d’un pays en guerre, la vraie guerre.

L’auteur effectue un récit avec des ellipses et des creux. Les narratrices ne vivent pas de grandes aventures mais subissent la vraie vie et les temps sont durs dans ce volume : la perte, la maladie d’un proche, l’entrée dans l’âge adulte, la crainte de l’avenir. Elles observent, elles s’interrogent, et nous avec.

Je trouve que la saga des Cazalet illustre parfaitement cette citation de Peter Pan « Vivre, ça doit être une sacrément belle aventure ».

Je salue encore une fois le travail de la traductrice Cécile Arnaud. C’est un vrai plaisir de la lire.

La prescription du docteur Fatale

Chez le même éditeur : La trilogie de Corfou de Gérald Durrell dont le premier volume s’intitule « Ma famille et autres animaux ».

A la veille de la seconde Guerre Mondiale, la famille Durrell s’installe à Corfou. Leur nouvelle vie est racontée dans cette trilogie par le benjamin de la famille. Cette trilogie a été adaptée en série télévisée et diffusée sur France 3. Attention : famille foutraque et attachante !

La saga des Cazalet, tome 2, A rude épreuve, d’Elizabeth Jane Howard – Editions de la Table Ronde – 608 pages

Tome trois, Confusion, à paraître en mars 2021.

3 réflexions sur “A rude épreuve, deuxième volume de la saga des Cazalet

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