Il était une fois le 10 mai

Peu avant la fin du confinement, Pitch séries, le site qui diffuse des séries à lire, a lancé un challenge d’écriture sur les réseaux sociaux. Ecrire une série à 100.

Le pitch était:

Nous sommes le 10 mai 2020, veille du déconfinement. Alors que la France se prépare à retrouver une vie « presque » normale, un étrange livreur livre d’étranges colis à 100 étranges destinataires.

Il n’y avait que peu de contraintes d’écriture. Il fallait choisir un lieu, un personnage, un colis et une heure de la journée du 10 mai et laisser repartir le livreur vivant pour qu’il puisse livrer d’autres étranges colis.

Pitch séries a reçu 80 textes et en a retenu 50.

La série est accessible sur leur site: https://www.pitchseries.com/il-etait-une-fois.asp?fbclid=IwAR2xK3KsyTaJ95czNeHkR2ZewS-HgpCg3k-3ygsckQ7xo9XQA3JAWWgE4CA

J’avais proposé un texte mais il n’a pas été retenu.

Je vous le livre ici. Bonne lecture 🙂

10 mai 2020. Tombée de la nuit 21H20 selon Laurent Romejko.

Dans les sombres tréfonds d’un manoir tapissé de poussières et de toiles d’araignées git la dépouille de Nikolaï, 4ème du nom. Son cercueil est ouvert. Sur la plaque en or clouée sur le couvercle qui repose à côté, on peut lire ceci :

« Ci git Nikolaï IV, russe, aristocrate, misanthrope, exilé dans notre belle campagne. Qu’il soit enfin délivré de ses tourments »

Le silence est infini, profond, respectueux dans cette crypte. Les araignées affairées à tisser leur toile le troublent à peine. Profitez en bien. Dans précisément cinq secondes, l‘immobilité du temps suspendu va être troublé par un son inattendu.

Ah ! Pile à l’heure ! Vous entendez ? Ce bruit strident, insistant qui écorche les oreilles et qui comme un enfant demande une attention immédiate. Un bruit à réveiller les morts.

« Sacré bon sang ! Mais dans quel coin de ce foutu pays latin faut-il aller s’enterrer pour ne pas être dérangé ! »

A la porte, la sonnette insiste. Le défunt grogne, s’étire. Ca fait un mal de chien ! Il soulève un bras ankylosé, un deuxième, agrippe les deux planches latérales du cercueil et avec moult jurons dont certains intraduisibles se lève d’un long sommeil. L’agacement lui fournit l’énergie nécessaire pour sortir de la crypte (6 marches inégales), remonter le long corridor (76 pas d’une démarche arthrosique) et ouvrir la porte avec mauvaise humeur.

« Ah enfin. Signez là, je vous sors le colis de la camionnette avant que la batterie se vide, dit le livreur avec un gros sourire en lui collant un carnet à souches sous le nez et un ustensile pour écrire. Y a pas un rat ici, c’est confinement toute l’année ! »

Interloqué, Nikolaï signe. Sans perdre une seconde, l’enthousiaste livreur saute à l’arrière de l’utilitaire dont les phares éblouissent la nuit, et en fait descendre sur un diable une énorme boite en carton.

« Je la dépose chez vous ? Et tout en s’affairant : Il y a une lettre aussi. Voilà. Toutes mes félicitations. C’est un grand bonheur de devenir père. Au revoir monsieur ! »

Hein ? Quoi ? Père ? Lui ? Mais il est mort depuis 300 ans au moins ! Nikolaï claque la porte et manque de se démettre l’épaule suite à ce geste violent. Machinalement il ouvre la lettre, la lit :

« Cher ami (depuis quand a-t-il encore des amis en vie ?) c’est avec grand plaisir que je te donne les vieilles affaires de Clara (de qui ?). Elle est grande maintenant et n’en a plus l’usage. Tu auras donc tout l’équipement nécessaire pour accueillir ton nouveau-né.  Encore toutes nos félicitations. Gros bisous. Signature illisible »

Nikolaï ne peut évidemment pas être le destinataire de cette lettre délirante et de ce colis tout aussi délirant. Qu’il ouvre néanmoins. Il en sort des biberons de toutes les tailles, un pèse bébé, une gigoteuse, un parc d’éveil, des jouets à mordre, une petite baignoire rose, une table à langer, des vêtements minuscules et une poussette à quatre roues motrices. Rien dont il ne puisse avoir l’usage donc. La sonnerie retentit une nouvelle fois. Quoi encore ? se dit-t-il rageusement. Si c’est encore ce livreur dément… Il clopine jusqu’à la porte qu’il ouvre brusquement prêt à incendier l’enquiquineur. Personne. Il baisse les yeux. A ces pieds, un couffin recouvert d’un plaid crocheté dans lequel repose un bébé tout rose.

Que l’imagination soit avec vous!

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